Blue black jazz

 LES MAÎTRES DU PIANO STRIDE
James P. Johnson Willie "The Lion" Smith Donald Lambert

flag
THOMAS "FATS" WALLER
(1904 - 1943)


    Thomas "Fats" Waller fut une des personnalités majeurs du Jazz. Il fut l'élève de James P. Johnson, mais dépassa bien vite son maître en notoriétié et en technique. Avec lui, la perfection du phrasé, l'originalité, le swing semblent d'une evidence déconcertante. Non content d'être un pianiste hors paire, Fats Waller était aussi chanteur, chef d'orchestre, compositeur prolifique de chansons à succès, et amuseur de scène extraverti. Une main gauche de fer soutenant une solide rythmique, de l'audace, de l'imagination, ou trés souvent des loufoquerie se laissent entendre par dessus les riffs tissés au clavier, voila ce qui caractérise la spontanéité et la joie de vivre de ce gros bonhomme, personnalité unique dans l'histoire du Jazz. 

When You And I Where Young, Maggie (Fats Waller, 1939)
young fats
    Le jeune Fats sera d'abord sensibilisé à la musique en écoutant de l'orgue à l'église. Son père étant pasteur, il apprendra très tôt à en jouer et c'est la pratique de cet instrument complexe qui lui permettra d'acquérir une très bonne précision dans son jeu de piano. Il restera d'ailleurs attaché a l'orgue toute sa vie. Il est le premier à avoir intégré cet intrument dans le jazz. 

St.  Louis Blues (orgue, 1926)
 

    Il perd sa mère à l'âge de 16 ans, se brouille avec son père et fait un fugue. Il s'installe chez le pianiste James P. Johnson, grande figure pianistique de Harlem qui lui donnera de solides leçons de piano. Il gardera cependant des sequelles de cette époque et restera toute sa vie un personnage ambigu à deux facette, a la fois joyeux, mais aussi hanté par son passé, et en proie à de gros coups de blues. 
    Sa toute première scéance d'enregistrement a lieu en 1922, alors qu'il a 18 ans. Il grave Muscle Shoals Blues et Birmingham Blues, qui constituent ses premières pièces de piano solo. Fats se sent déjà très à l'aise dans les studios d'enregistrement et on perçoit clairement une aisance technique et artistique. 

Birmingham Blues (1922)


    Par la suite, avant de devenir célèbre, Fats va accompagner plusieurs chanteuses de blues et produire des Piano Rolls, très populaires à l'époque où le disque n'était pas encore très répandu. Il est trés présent dans la vie nocturne de Harlem et dans les 'rent parties', soirées organisées chez les pianistes et qui leur permettaient de payer leur loyer. 
muscle shoals blues
Fats Waller
    Sa rencontre avec le parolier Andy Razaf sera déterminante,et ils formeront un duo prolifique dans la composition de chansons. Ils leur arrivaient au début de leur carrière de revendre pour des broutilles des compositions qui deviendront d'énormes succès. Ainsi, plusieurs standars célébres sont supposés être de sa composition. 

Beale Street Blues (with Alberta Hunter - 1927)

    Sa notoriété est grandissante, Fats abandonne peu à peu les rent partie s, étant d'avantage sollicité pour des soirées en ville données par des millionnaires. Pour autant, Fats reste une personne peu soucieuse de l'argent et il lui arrive de jouer en échange de rien, si ce n'est une soirée bien arrosée. Il sortait alors entouré d'une foule de personnes enthousiasmées et parfois un bon cigare. 

    Dans les années 1920, les disques de piano avaient beaucoup de succès bien que l'instrument soit difficile à enregistrer. Fats sera donc autorisé à en graver une belle série en 1929. Ces sessions d'enregistrement ont laissé quelques compositions originales parmi les plus célèbres du pianiste : Handful of Keys, Sweet Savannah Sue, Smashing Thirds, Valentine Stomp ou Numb Fumblin'

Ain't Misbehavin' (1929) 

    Durant les années de la crise, Fats n'enregistrera que très peu : Deux morceaux au piano en duo avec Bennie Payne (futur pianiste de Cab Calloway) en 1930, puis deux autres en 1931, I'm Crazy 'Bout my Baby et Draggin' My Heart Around dans lesquelles on peut l'entendre chanter pour la première fois. Il accompagnera aussi plusieurs orchestres en vogue. 

    C'est en 1934 au cours d'une soirée organisée par Georges Gershwin, pendant laquelle il faisait le clown au piano, qu'il se fait remarquer par un représentant des studios Victor. Celui-ci le fait signer, et Fats enregistrera jusqu'à la fin de sa vie avec cette société. Il forme la même année son orchestre de 5 ou 6 musiciens, Fats Waller & His Rhythm, avec qui il connaîtra un immense succès. Très bon leader d'orchestre par son énergie et sa vitalité, Fats se produira jusqu'à la fin de sa vie avec cette même formation en enregistrant plus de 400 morceaux. 

All My Life (Fats Waller & His Rhythm, 1936)




Latch On (Fats Waller & His Rhythm,1938)



Fats au Piano
Fats Waller & His Rhythm
Fats Waller & His Rhythm probablement en 1938
    C'est aussi par le biais de la radio que Fats devient une vedette. Il fut l'un des premiers jazzmen à utiliser ce média, et aussi l'un des premiers afro-américains à disposer d'une émission radiophonique régulière. Bout-en-train par excellence, et doté d'une spontanéité à toute épreuve, il était une personnalité très appréciée du public. Il apparaitra dans de nombreux shows radiophoniques à partir de 1935. 
Go Down Moses (1941)

    De son vivant Fats Waller, bien que trés apprecié du public, était plus considéré comme un clown et un amuseur de scène que comme un réel musicien de jazz. Il a toujours été affecté par ce manque de considération. Pourtant, de nombreux enregistrements nous prouvent que Fats savait s'arrêter dans ses pitreries et était un musicien très inspiré, qui a laissé quelques belles pages de poésie musicale... 
To A Wild Rose / Don't Get Round Much Anymore (1943)
Honeysuckle Rose (1941)

Partitions

fats waller 1943


waller
THOMAS "FATS " WALLER
1904 - 1943
    Comme beaucoup d'autres génies, Fats Waller a disparu bien trop tôt... Il aura mené une vie intense dans laquelle ses nombreux excés (nourriture, alcool) sont sans doute responsables de sa disparition prématurée :
Une pneumonie l'emporta un soir de décembre, dans ce train qui le ramenait de la côte ouest.
Il était à l'apogée de sa gloire, il avait 39 ans. Qui sait jusqu'où sa musique aurait pu nous transporter... 
"One never knows, do one...?"