Le boogie-woogie est un style de piano, basé sur le blues, joué généralement rapidement. Il est difficile de dater précisément la naissance du boogie-woogie, même si certaines sources indiquent que les premières formes de Boogie-woogie seraient apparues à la fin du XIXème siècle au Texas. Mais c'est au début du XXème siècle que le Boogie-woogie se développe aux Etats-Unis, plus particulièrement à Chicago, dans les « Barrel-House » et « Honky-tonk », sorte de d'établissement dans lequel était servi de l'alcool et ou l'on dansait au son d’un piano. C'est le bruit des locomotives à vapeur qui aurait inspiré aux pianistes de blues, la musique de boogie-woogie.
Les Précurseurs
Parmi les pionniers du boogie-woogie, citons Georges W. Thomas (1885-1930 ou 1936) originaire du Texas, qui en 1923 enregistre « The Rocks », solo considéré comme le premier enregistrement de Boogie-woogie. Hersal Thomas (1909 1926), bien que mort à un très jeune âge, est cité par Albert Ammons et Meade Lux Lewis comme l'une de leurs principales influences. Son enregistrement le plus notable est « Suitcase Blues » en 1925. Jimmy Blythe (1901-1931) s'installe à Chicago en 1916 et grave un grand nombre de piano rolls. Il enregistre aussi en 1924 son « Chicago Stomp », morceau joué intégralement sur une de basse de boogie-woogie.
Hersal Thomas
C'est Clarence « Pine Top » Smith (1904-1929) qui officialise le terme « Boogie-woogie » dans son titre enregistré en 1928 « Pine Top's Boogie Woogie ». Ce morceau aura une grande influence sur toutes les autres pièces de ce genre et sera repris notamment par Albert Ammons dans son « Boogie-Woogie Stomp ». Habitué des barrel-houses et des rent-parties, il meurt accidentellement lors d'une fusillade.
Clarence "Pinetop" Smith, Pine Top's Boogie Woogie (1928 )
Jimmy Yancey (1898 - 1951) a joué un rôle important dans l'histoire du Blues et du Boogie. Originaire de Chicago, il commence le piano assez tard et développe une façon particulière de jouer le blues. Sans vraiment le savoir, deviendra une personnalité influente dans le milieu musical de Chicago : son jeu est cité comme principale source d'inspiration par Meade Lux Lewis et Albert Ammons. Cependant, Jimmy Yancey choisira la sécurité de l'emploi à la vie d'artiste : il sera pendant 25 ans employé au Comiskey Park comme jardinier. Ce n'est qu'en 1939 que les studios s'intéressent à Jimmy Yancey. Il enregistrera en 1939 et 1940 un certains nombre de solo au piano et fera ainsi découvrir son style particulier : tantôt ingénieux, parfois imprévisible. Il avait notamment la particularité de finir chacun de ses morceaux par une courte coda, toujours identique, en mi bémol, et ce quelle que soit la tonalité dans laquelle il jouait.
Les grandes figures du boogie -woogie
PETE JOHNSON (1904 - 1967)
Le Boogie-woogie doit beaucoup à Pete Johnson, pianiste originaire de Kansas City. Il commence sa carrière musicale comme batteur avant de devenir pianiste. Il accompagne le chanteur Big Joe Turner avec qui il enregistre Roll 'Em Pete , l'un des tout premiers rock 'n roll. Il se produit dans de nombreux club de New-York dont le fameux Cafe Society , parfois aux côtés de ses collègues Albert Ammons et Meade Lux Lewis . Il enregistre un grand nombre de piano solo dans les années 40 avant de s'installer à Buffalo en 1950.
Le 23 décembre 1938 a lieu au Carnergie Hall le concert qui a lancé la popularité du boogie-woogie : From Spiritual to Swing auquel participent Pete Johnson ainsi que Albert Ammons et Meade Lux Lewis. C'est la première fois que des artistes Afro-Américains jouent dans cette salle aussi prestigieuse. James P. Johnson, Count Basie jouent également lors de ce concert. Ce sera un succès qui marquera le début d'un engouement pour le Boogie-woogie.
MEADE LUX LEWIS (1905 - 1964)
Né à Chicago dans une famille de musicien, il commence par apprendre le violon mais se tourne vers le piano après avoir entendu Jimmy Yancey et Hersal Thomas. Entièrement autodidacte, il commence à se produire et perfectionne son style en compagnie d'Albert Ammons, qu'il rencontre alors qu'il est chauffeur de taxi. En 1927, il enregistre une de ses compositions qui deviendra son morceau le plus célèbre « Honky Tonk Train Blues ». Ce n'est cependant qu'en 1935 que Meade Lux Lewis sort totalement de l'ombre et se met à enregistrer pour Victor et Parlophone. Après le concert du Canergie Hall en 1938, il devient, avec Albert Ammons et Pete Johnson, un joueur de boogie de légende. Le trio continue à se produire au Cafe Society, alors que la popularité du boogie-woogie bat son plein. En 1941, il s'installe à Los Angeles et continue à se produire, apparaîssant même dans quelques productions cinématographiques. Il meurt en 1964 dans un accident de voiture.
ALBERT AMMONS (1907 - 1949)
Né à Chicago de parents pianiste, et il apprend le piano à partir de l'âge de 10 ans. Il s'intéresse alors rapidement au blues et l'apprend en écoutant les pianistes Jimmy Yancey et Hersal Thomas. Au début des années 20, il travaille comme chauffeur de taxi à Chicago. C'est à cette époque qu'il rencontre Meade Lux Lewis, lui aussi chauffeur de taxi et passionné par le piano blues. Les deux hommes jouent ensemble durant leur temps libre et perfectionnent leur technique. De 1934 à 1936, Albert Ammons forme son propre groupe, les Rhythm Kings . Suite au succès rencontré, Albert Ammons part s'installer à New-York, ou il rencontre Pete Johnson. Les deux pianistes sympathisent et se produisent ensemble au Cafe Society où ils côtoient le chanteur Big Joe Turner.
Albert Ammons & Rhythm Kings, Boogie Woogie
Stomp (1936)
Après le succès du concert From Spiritual to Swing au Carnegie Hall en 1938 et la popularité croissante du boogie-woogie, Albert Ammons continue à enregistrer au côté de nombreux musiciens, apparaît dans le film Boogie-woogie Dream avec Pete Johnson. Il se séctionne un doigt en cuisinant en 1941 mais continue à jouer et à enregistrer, et ce jusqu'à peu de temps avant sa mort en décembre 1949. Son jeu est puissant et joyeux, et possède l'un des meilleur swing parmis les pianistes de boogie-woogie.